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Conférence

La génétique et la généalogie - La recherche de liens parentaux actuels ou anciens

Les progrès scientifiques de la génétique ne sont pas destinés à supplanter la généalogie, basée sur des actes légaux et officiels ainsi que sur les travaux des historiens et des archivistes, mais, au contraire, à la compléter en se mettant à son service :

- Au niveau individuel, par exemple, lors d'une recherche de paternité biologique ou dans la problématique parfois complexe soulevée par les techniques nouvelles de fécondation assistée.
- Au niveau des familles et des possibles connexions entre elles grâce à la recherche des origines et d'éventuels ancêtres lointains communs, en remontant l'échelle du temps.
- Au niveau de peuples, des nations et de groupes désireux, au-delà des simples traditions ou des légendes, d'en savoir davantage et de manière plus scientifique sur leurs origines et sur leurs liens les uns avec les autres.
- Au niveau européen et mondial en livrant des données fort utiles pour l'étude des anciennes migrations.

Ces différents niveaux s'articulent autour d'une des préoccupations majeures des individus et des peuples : l'identité dont la recherche constitue le principal nerf moteur de toutes les études généalogiques et qui a servi de thème au récent congrès international des sciences généalogiques et héraldiques qui s'est tenu à Stuttgart en septembre 2010.
L'approche de la généalogie par la génétique s'appuie sur deux catégories de tests :
- Y-DNA pour la lignée paternelle (Y car analysant l'ADN de ce chromosome présent exclusivement dans le noyau des cellules mâles et se transmettant uniquement aux hommes)
- mtDNA pour la lignée maternelle (mt car analysant l'ADN des mitochondries, présent exclusivement dans le noyau des cellules femelles et se transmettant à la fois aux hommes et aux femmes puisque les deux possèdent un chromosome X dans leur génome)

A. - Au niveau individuel et de la cellule familiale élémentaire

La génétique a permis de résoudre des énigmes historiques récentes : les ossements exhumés par Alexandre Avdonine le 11 juillet 1991, ont été transportés dans une morgue à Iekaterinbourg et quelques échantillons ont été prélevés et envoyés en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Russie. Le laboratoire du Home Office Forensic Science Service à Aldermaston (Grande-Bretagne) rendit le premier son verdict en 1993 : l'ADN des cellules osseuses examinées était identique à celui du sang des descendants de sœurs de l'empereur Nicolas II et d'Alexandra. Le Russe Pavel Ivanov et l'Institut de Pathologie des forces américaines confirmèrent ce résultat en se basant notamment sur la présence d'une anomalie génétique rare, l'hétéroplastie (sans lien avec l'hémophilie dont souffrait le jeune tsarévitch)1. D'autres familles régnantes présentent, elles aussi, des pathologies génétiques comme la porphyrie mixte qu'on retrouve chez certains membres de la famille de Prusse2.
Inversement, on peut démontrer la fausseté d'une prétendue filiation comme dans le cas de l'excentrique Anna Anderson qui prétendait être la grande-duchesse Anastasia. Les tests ADN pratiqués post mortem, en 1994, ont livré sa véritable identité : Franziska Schanzkowska, la fille d'un fermier polonais. La preuve par l'ADN de la non-parenté est encore plus facile que la démonstration d'une filiation authentique.

De ces progrès naissent des problématiques nouvelles : médicales, morales et légales. Les règles de la bioéthique risquent-elles, par exemple, d'évoluer avec l'arrivée de technologies nouvelles permettant d'établir une ascendance biologique différente de celle inscrite dans les documents administratifs officiels ?3
Les législations sont très variables d'un pays à l'autre. L'Espagne autorise sans limites les identifications génétiques effectuées en laboratoire en expliquant même comment se procurer de l'ADN à l'insu de l'intéressé (salive, brosse à dent, chewing-gum, etc.), comment l'envoyer par la poste depuis d'autres pays, le tout pour un coût relativement modique. Si aux États-Unis, par exemple, le nombre des divorces, déjà important, ne cesse de croître depuis que l'accès aux tests génétiques est devenu une pratique courante4, permettant de faire la preuve d'éventuelles infidélités conjugales (même si les résultats de ces tests ne sont pas recevables en justice, les fraudes possibles étant trop nombreuses et trop faciles), l'identification ADN en France est strictement encadrée sur le plan légal5 et la récente loi bioéthique adoptée à l'automne 2010 n'a pas assoupli le cadre juridique.
Les tests ADN post mortem s'effectuent surtout sur des célébrités avec lesquelles des femmes ont eu ou prétendent avoir eu des relations sexuelles au moment de la conception de leur enfant dans l'évident espoir d'obtenir tout ou partie d'un héritage. On se rappelle les exemples récents d'Yves Montand, chanteur et acteur, et de Bobby Fischer6, champion du monde d'échecs, pour lequel on a pu prouver en 2010 qu'il n'était pas le père génétique d'une fillette des Philippines.
De tels tests permettent aussi de lever tous les doutes possibles sur l'identité d'un cadavre : le 21 juillet 2010, Valentin Ceausescu, fils de l'ancien dictateur roumain, et le gendre de ce dernier obtinrent l'exhumation du cimetière de Ghencea (Bucarest) de Nicolae Ceausescu pour lever leurs doutes. Suite à des tests ADN, ils ont obtenu confirmation, le 3 novembre 2010, que le corps expertisé était bien celui de leur père et beau-père.

B. - Au niveau des lignées généalogiques ascendantes et des parentés, même fort lointaines.

La généalogie génétique, discipline apparue depuis une douzaine d'années, a pu venir au secours des égyptologues et des généalogies pharaoniques en corrigeant des généalogies lointaines et en démontrant récemment que Toutânkh-Amon, est bien le fils d'Akhenaton, le pharaon maudit, et non celui de Smenkharê, le gendre de ce dernier. Quant à l'ascendance maternelle de Toutânkh-Amon, elle est bien celle que supposaient les chercheurs grâce à l'analyse du mtADN7. C'est la génétique qui, pour des généalogies remontant à plusieurs millénaires, permet donc de confirmer ou d'infirmer les hypothèses des archéologues et des historiens grâce à ces archives biologiques encore décryptables malgré leur ancienneté et leur dégradation plus ou moins avancée si quelques séquences d'ADN ont pu traverser le temps8.

C. - Au niveau des peuples, des nations, des groupes ethniques et des dynasties

Les études consacrées aux familles princières

Les ossements des Přemyslides dans les sous-sols du château de Prague constituent un formidable chantier de recherche pour les archéologues et les chercheurs. Les échantillons sont si nombreux que leur étude complète (par radiographie, scanner, étude anthropométrique, analyse ADN, etc.) constituera à terme un bel exemple d'archéo-génétique. Daniel Vaněk, directeur de la société Forenzi DNA servis, a déclaré sur Radio Praha, le 20 octobre 2010 : "Nous avons découvert que deux des squelettes appartenaient à deux frères et, fait troublant, ils se tenaient les mains. Notre grande surprise fut de constater une très grande similitude entre les chromosomes blancs de ces ducs d'Ergolding et ceux de la famille Romanov, fondatrice de la dynastie russe. Désormais on peut raisonnablement penser pouvoir connecter les Přemyslides avec les Ergolding ou un autre lignage germanique."6
Dans une autre interview donnée le 8 septembre 2010, il annonçait d'autres découvertes généalogiques sur les dynasties, rendues prochainement possibles grâce à la génétique : "Il faut bien voir à quel point les familles régnantes d'Europe étaient liées, les Habsbourg comme les autres grandes dynasties. Peut-être découvrirons-nous un jour que la majorité de ces grands lignages vient de France avec par exemple Pépin le Bref et Charlemagne. C'est une possibilité, seules les analyses ADN peuvent nous fournir des réponses."7

En Russie, de leur côté, les chercheurs et la noblesse conduisent des recherches sur les descendants de grands fondateurs de dynasties : Rurik (9e siècle), appartenant à l'haplogroupe N1c1 (anciennement N3a) et Guedimine (13e siècle), grand-duc de Lituanie. Ce programme, basé sur l'étude de l'ADN (37 + 6 marqueurs), qui sera développé par d'autres participants au colloque aboutira à terme à confirmer l'appartenance aux Rurikides ou aux Guediminides de presque toutes les familles princières russes. Mais on découvrira aussi des descendants insoupçonnés de ces deux personnages illustres, soit que la généalogie connue ne remontait pas encore suffisamment loin dans le temps pour permettre de trouver le lien avec l'une de ces dynasties, soit que l'on en descende de façon illégitime suite à des liaisons hors mariage, la génétique n'opérant pas cette sorte de distinction purement sociale. Je me contenterai pour ma part de confirmer que, si l'on remonte encore d'environ 2000, on découvre que Rurik et Guedimine avaient un ancêtre commun. Il sera intéressant d'observer dans les années à venir si se créent des associations regroupant ceux qui, suite à ces tests, auront découvert appartenir à l'une de ces deux lignées ou même aux deux, ce qui est génétiquement possible.

Les études menées sur les familles juives homonymes

Porter le même nom peut permettre de supposer une origine familiale commune et la génétique peut parfois venir au secours de la tradition transmise au fil des générations. C'est ainsi que la tradition que les Cohanim descendent d'Aaron, frère de Moïse, pourrait avoir récemment trouvé un support dans les études génétiques menées par l'université d'Haïfa. Comme tous les lignages agnatiques doivent partager un chromosome masculin Y en commun, un test a été pratiqué parmi les populations juives possédant ce lien et cette transmission patrilinéaire, c'est-à-dire les Cohanim et des Lévites afin d'affirmer ou d'infirmer une communauté génétique dans leurs chromosomes Y. Les chercheurs israéliens auraient découvert des traits distinctifs présents avec une fréquence significative dans les chromosomes Y des Cohanim, ce qui prouverait donc une ancestralité commune, un aïeul lointain auquel se rattacher11. Cette concordance génétique est basée sur la similitude de 6 marqueurs Y-STR que les chercheurs ont appelé le Cohen Modal Haplotyp (CMH). Mais la présence de ces marqueurs se retrouve dans de nombreuses communautés humaines appartenant à l'haplogroupe12 J. Le Cohen Modal Haplotype n'est pas retrouvé chez les seuls Cohen ni même sur la seule communauté juive ; on le rencontre également dans d'autres populations issues de l'haplogroupe J qui a fait son apparition il y a environ 30 000 ans. Des études plus précises ont été entreprises et ont montré que la moitié des Cohanim actuels, appartenant au subhaplogroupe J1c3 (qu'on appelle aussi J-P58) possèdent des similitudes génétiques confirmant qu'ils partagent une parenté très proche. Une seconde fraction d'environ 15% des Cohanim, appartenant au subhaplogroupe J 2A (J-M410), légèrement différente, est néanmoins à rapprocher des J-P58.
J1e et J2a, les clusters13 possibles des Cohanim mettent en évidence une certaine différence selon leur origine séfarade3 ou ashkénaze4. Les Cohanim séfarades auraient un ancêtre commun ayant vécu il y a 3 200 ± 1 100 ans ou 4 200 ± 1 300 ans selon qu'ils possèdent le cluster J1e ou J2a, tandis que les Cohanim ashkénazes auraient des ancêtres plus récents ayant vécu il y a 2 400 ± 800 ans ou 3 800 ± 1 200 ans.
Ces recherches ont également conduit à appuyer l'hypothèse avancée, jusqu'à présent sans preuves scientifiques, qu'une tribu africaine du Botswana, les Lemba (groupe de langue bantoue), aurait une ascendance juive et constituerait une des tribus perdues d'Israël. Le professeur Mathiva, d'Afrique du Sud, président de l'association Lemb, explique, revêtu de son taleth, explique que cette tribu observe des traditions sémites telles des règles diététiques semblables à la cacherout (code alimentaire définissant les aliments végétaux et animaux permissibles ou non à la consommation), à l'abattage rituel juif (technique décrite et codifiée de manière très précise dans la Torah, la Loi) et aux rites de circoncision. Cette tribu se prononce contre les mariages mixtes et garde des noms de clan à consonance sémite. Tudor Parfitt, réalisateur du film documentaire Les tribus perdues d'Israël, s'est associé avec des chercheurs en anthropologie génétique de l'université de Londres pour tenter d'éclaircir ce problème. Une série de marqueurs génétiques membre des similitudes avec d'autres groupes avec lesquels les Lemba pourraient donc avoir une origine commune14. Ces résultats sont intéressants dans la mesure où ils éclairent les limites actuelles de ces tests génétiques : ces tests permettent de dire seulement si une origine commune est possible ou impossible. Dans le cas présent, elle n'est pas impossible ce qui, bien évidemment, ne saurait constituer une preuve indiscutable d'origine commune. C'est une possibilité, rien de plus.
Enfin une autre étude menée en 2004 aurait montré chez les Samaritains une ascendance mixte : commune avec les juifs pour l'ascendance paternelle mais non-juive et encore indéterminée pour l'ascendance maternelle.
Les descendants des Cohanim portent des patronymes voisins mais souvent déformés par les langues de différents pays et les translittérations. En Russie, on les trouve sous des formes variés : Kasdan (en hébreu, ce nom étant épelé "kaf-shin-dalet-noun", acronyme de "Kohanei Shloukhei DeShmaya Nin'hou" ("Les prêtres sont les messagers des cieux"), Kagedan, Kagan, Kaganovitch, Gorelitz, Gorenick, alors qu'en Europe occidentale, on les connaît sous les formes Cohen, Cohn, Kahn, Kohen, Kahane, etc.

Une étude menée aux Pays-Bas depuis 2009

Afin d'éclaircir les migrations anciennes de son secteur géographique, la section provinciale d'Anvers du WF (VLAAMSE VERENIGING VOOR FAMILIEKUNDE) a déposé un projet ADN à la Communauté flamande pour obtenir des subventions. Dans une première phase, en 2009, le projet traitait le territoire de l'ancien duché du Brabant, c'est-à-dire incluant le Brabant Wallon et la province du Noord-Brabant (Pays-Bas). Cette partie est terminée et a été publiée récemment. Cette première étude a regroupé un échantillonnage de 750 personnes, la seconde, encore en cours, concerne 1250 personnes, le coût financier revenant à 80 euros par personne.

D. - Au niveau européen mondial

L'état actuel de la science permet de remonter l'histoire des hommes en nous donnant l'origine géographique de nos ancêtres, ce que - dans d'autres domaines - on appellerait la traçabilité. Selon une théorie dite Out of Africa, l'homme aurait fait son apparition en Afrique sub-saharienne pour migrer ensuite vers toutes les zones de la planète mais selon des trajets très différents. Pour savoir à quel groupe de migrants nous appartenons, il a été nécessaire d'effectuer des analyses d'ADN sur des squelettes très anciens ce que le généticien britannique Bryan Spikes15, professeur à l'Institut de médecine moléculaire d'Oxford, parvint à faire en 1997 sur l'homme de Cheddar, un chasseur-cueilleur, exhumé en 1903 d'une caverne des gorges de Cheddar, une bourgade du Somerset, vieux de 9000 ans et conservé au Muséum d'histoire naturelle de Londres. L'humérus contenait encore de l'ADN. Le chercheur lança un appel à la population locale pour recueillir un maximum d'échantillons d'ADN actuel pour découvrir si des séquences sont ou non compatibles et on trouva un individu dont l'ADN coïncidait avec celui de l'homme de Cheddar : le professeur d'histoire du collège auquel on put affirmer que le propriétaire de l'humérus était bel et bien un de ses ancêtres. Ce lien prouve au moins que certaines populations n'ont parfois pas bougé pendant des millénaires et que certains ont des ancêtres géographiquement très proches, voire dans la caverne du coin.
Mais 9000 ans, ce n'est qu'une fraction infime de l'histoire humaine. Sykes, poursuivit ses études en déchiffrant l'ADN mitochondrial de 6000 femmes françaises, russes, norvégiennes ou espagnoles, découvrant que sept souches différentes et très fréquentes se retrouvaient dans les échantillons. Partant de l'idée que l'ADN mitochondrial est une sorte de machine à remonter le temps, il réalisa que l'ensemble de l'humanité se résume en une trentaine de séquences différentes d'ADN et que sept d'entre elles se retrouvent à plus de 90% dans l'ADN des Européens qui descendraient donc de sept femmes dont six vécurent de la fin du paléolithique au néolithique. Allant encore plus loin, Sykes en arriva à la conclusion que l'ADN mitochondrial de ces sept groupes humains, celui de tous les autres groupes identifiés sur la planète conduit à une seule femme, l'Ève mitochondriale. Quant aux sept Européennes, elles seraient les ancêtres lointaines et directes de plus de 650 millions d'habitants vivant dans l'Europe d'aujourd'hui. Cette Ève mitochondriale n'est évidemment pas celle de la Bible et ce raisonnement ne doit pas laisser croire que seules sept femmes ont enfanté du paléolithique au néolithique. Il y eut, bien sûr, des milliers de femmes qui en firent alors tout autant mais sept seulement apparaissent dans l'ADN de chacun d'entre nous. En clair, seules sept d'entre elles ont eu une descendance jusqu'au 21e siècle. Pour les autres, l'arbre généalogique s'est interrompu avant16.
Cette recherche génétique à grande échelle contribue à la compréhension des migrations humaines.
L'analyse des ADN de tous les habitants de notre planète pourrait permettre de retrouver des cousins lointains, lointains dans le temps et dans l'espace. Pour relativiser les travaux de Spyke, il convient de souligner que celui-ci n'a décrypté que 400 paires de bases sur les 16500 que comprend l'ADN mitochondrial, qui lui-même ne représente qu'une goutte d'eau dans les 3 milliards de paires de bases du génome humain. Des conclusions ne peuvent être apportées tant qu'on ne s'appuie pas sur des recherches conduites systématiquement et à grande échelle.

L'exemple de l'Islande

Un pays s'y est prêté et une loi de décembre 1998 a accordé à la société deCode Genetics17 une licence exclusive pour la création et l'exploitation d'une base de données sans précédent : 30 000 échantillons d'ADN, 650 000 filiations généalogiques et l'accès à 500 000 dossiers médicaux, c'est l'Islande. Le laboratoire Hoffmann-La Roche18 a ensuite déboursé 200 millions de dollars pour s'assurer l'exclusivité de l'utilisation du patrimoine génétique des Islandais pour mener des recherches sur les maladies et les thérapeutiques. Ces accords concernent la totalité de la population du pays.

Les recherches menées à l'échelle de continents entiers ont permis de cerner la répartition géographique des haplogroupes. Dans cette étude, nous nous contenterons de rappeler les principaux haplogroupes recensés sur notre continent.

Les haplogroupes européens
Ils appartiennent aux haplogroupes du chromosome Y.
Haplogroupes du chromosome Y (Y-ADN)
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A
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B
|
C
| F

D
E
G
H
I
J
K

L
M
| P

N O
Q
R



I est le plus vieil haplogroupe en Europe, et probablement le seul qui soit originaire d'Europe si on fait abstraction des sous-groupes récents d'autres haplogroupes. On pense que l'haplogroupe IJ (S2, S 22) dont il descend et qui est l'un des groupes issu de la mutation M 89 survenue il y a environ 45 000 ans) serait arrivé du Moyen Orient il y a 35.000 ans, et aurait formé l'haplogroupe I il y a approximativement 25.000 ans. Cela veut dire que les hommes de Cro-Magnon appartenaient probablement à IJ ou I. De nos jours, l'haplogroupe I représente de 10 à 45% de la population en Europe. Les monuments mégalithiques d'Europe ont été construits entre 5000 et 1200 avant notre ère par les représentants de l'haplogroupe I (sans doute avec une minorité de G2a et E-V13).
J se retrouve essentiellement au Moyen-Orient, en Turquie, en Géorgie, en Asie centrale, en Asie du Sud et en Somalie.

L'haplogroupe I (M170, P 19, M258), presque inconnu en dehors de l'Europe, est lui-même subdivisé en quatre groupes principaux.

I1 (M253, M 307, P30, P40), qui est le plus courant. On le trouve principalement en Scandinavie et en Islande où il représente 30 à 40% de la population, dans le Nord de l'Allemagne et de la Russie (15%), le Nord de la France (5%). Il est absent de tous les pays du Sud de l'Europe, en dessous d'une ligne reliant Moscou à Venise, Lyon et la Vendée. Associé avec l'ethnie nordique, ce haplogroupe est présent dans toutes les régions envahies, à une époque de leur histoire par les tribus germaniques antiques et les Vikings.
I2 (S31), à son tour divisé en :
I2a1 se retrouve surtout chez les Sardes et les Basques, et rarement hors de la péninsule ibérique, de l'ouest de la France, de la côte ouest de l'Italie et de la côte Méditerranée du Maghreb. Il représente environ 40% des lignées paternelles de Sardaigne. On estime l'ancienneté de ce groupe à 8.000 ans.
I2a2 est un haplogroupe typique des Slaves dinarques (Croates, Serbes et Bosniaques). Sa plus forte densité se trouve dans l'ex-Yougoslavie et la Moldavie, ainsi que dans une moindre mesure aussi en Albanie, Grèce du nord, Bulgarie, Romanie, Ukraine, Biélorussie et dans le Sud-ouest de la Russie.
I2b est d'origine germanique, comme I1. Il culmine dans le centre et le nord de l'Allemagne (10-20%), le Benelux (10-15%) et dans le nord de la Suède. On le retrouve aussi parmi 3 à 10% des habitants du Danemark, de l'est de l'Angleterre, et du nord de la France. Il est cependant rare en Norvège. I2b pourrait être apparu il y a 5.000 ans. Son sous-groupe I2b1a (M284+) est jusqu'ici limité géographiquement à la Grande-Bretagne, où cette mutation est probablement apparu il y a environ 3.000 ans.

En Europe, on trouve aussi d'autres haplogroupes et notamment R
- R1 (M173) dont R1a en Europe de l'Est (mais aussi en Asie centrale, en Inde, au Sri Lanka, et R1b en Europe de l'Ouest
- R2 (M124) en Europe de l'Est et au Caucase (mais aussi en Asie centrale, en Inde, au Pakistan, en Turquie, etc.)

Le Genographic Project

Le docteur Spencer Wells19 a amorcé le Genographic Project aux États-Unis pour étudier la migration humaine à partir du berceau africain. Le centre de coordination européen se trouve à Barcelone. L'examen de l'ADN mitochondrial est inclus. Ce mtADN ne se trouve pas dans le noyau de la cellule comme le chromosome Y, mais dans les centaines de mitochondries qui contiennent des chromosomes circulaires qui s'héritent par la mère. Par les mutations observées dans le mtADN, on peut étudier la lignée maternelle.

Un exemple : La partie belge20 du Genographic Project

Le centre de coordination belge est situé à Louvain. Pour cette étude, le Genographic Project désire collecter 400 échantillons ADN (200 Flamands et 200 Wallons), de personnes non-apparentées. Leur examen du mtADN aura lieu automatiquement, sans nouvelle inscription pour ceux qui seront choisis. Les critères de recrutement sont :
- L'absence d'aucun ancêtre mâle commun pendant les derniers 300 à 400 ans
- Le dépôt, de préférence mais non obligatoire d'une ascendance paternelle et maternelle ou bien une ascendance patrilinéaire la plus ancienne possible et remontant au moins jusque vers 1650
- La possession d'ancêtres ayant habité dans la même localité ou la même province depuis plusieurs siècles.
L'examen, restreint, se limite à 12 marqueurs. Il porte aussi sur le mtADN. Les résultats seront entreposés dans la banque internationale de données du Genographic Project et dans une banque belge. Les échantillons ADN restent gardés au laboratoire du K.U.Leuven.
Invitant les membres de son association à participer à ce projet, Marc Van der Cloot, vice-président du WF, a écrit : "Ce projet ambitieux peut réaliser une contribution scientifique importante à l'étude des migrations humaines successives au plan mondial, le peuplement graduel de nos régions et la genèse de la frontière linguistique. Cela peut résulter à une meilleure connaissance des influences qui faisaient naître dans des temps reculés les entités historiques connues.
"La comparaison des résultats avec de l'ADN ancien déjà connus des fouilles archéologiques, permettent de constater de la parenté avec des familles actuelles.
"En plus l'examen contribue à l'identification des familles qui descendent des populations originales qui colonisaient l'Europe. Cela obligera éventuellement de récrire certaines parties de notre connaissance historique. Au même temps les généalogistes auront la possibilité de rechercher des parentés soupçonnées ou inconnues. Éventuellement, ils peuvent y réussir de découvrir les anciens noms de famille desquels leur nom est issu, ou de se réaliser qu'il y avait un ou plusieurs aïeuls pour le même nom de famille.
"Le projet contribuera indubitablement au raffinement des techniques de recherche de l'ADN et de l'interprétation des résultats. Il stimulera la coopération scientifique, historique et généalogique au-delà des frontières, entre les universités et les associations généalogiques et d'histoire locales à l'intérieur comme à l'étranger21."
Ces études appelées à analyser les migrations humaines sont à rapprocher de celles qui sont menées en Sibérie, Yakoutie centrale et Vilioui sous la direction d'A. Alexeev, recteur de l'université d'Irkoutsk22, et du Français E. Crubézy23. Les deux premières missions de ce dernier ont amené en 2004 la création des Missions Archéologiques françaises en Sibérie Orientale (MAFSO) au ministère français des Affaires étrangères avec, pour but, d'étudier le peuplement de la Iakoutie en comparant les populations du passé et du présent avec les mêmes marqueurs génétiques : marqueurs mitochondriaux, marqueurs du chromosome Y, STR autosomiques. Pour cela, la mission a autopsié, de 2004 à 2009, une centaine de corps de ces territoires, du XVe au XVIIIe siècle, conservés grâce au gel.
Deux synthèses ont été réalisées, l'une dite "Chamane", mettant en parallèle l'ensemble des données en Iakoutie centrale et l'autre sur le peuplement de la Iakoutie24. Actuellement, la MAFSO porte ses efforts en ce qui concerne l'histoire du peuplement, sur la confrontation entre génétique et éléments culturels dans les populations du passé afin d'essayer de mettre des différences entre tribus au sein de la Iakoutie centrale, sur le peuplement de la Viliouï appréhendé à partir de données génétiques contemporaines.

Conclusion

La génétique, même si elle nous offre des horizons prometteurs, ne saurait se substituer à la généalogie classique car elle se doit d'être mise en harmonie et en synergie avec les données de la recherche historique, de l'archéologie, de l'anthropologie, des datations au carbone, etc. Si la généalogie génétique constitue un élément supplémentaire et même irremplaçable dans la recherche de l'identité, elle ne peut à elle seule répondre à toutes les questions relatives aux lignées, aux alliances, aux parentés lointaines, aux déplacements géographiques, etc., mais elle cernera de plus en plus près la vérité historique en s'intégrant dans un faisceau de disciplines scientifiques.


1 Jean-Marie Thiébaud, Les Romanov, Paris, éd. Christian, 1998, p. 5.
2 Notamment Victoria Élisabeth Augusta Charlotte de Prusse (1860-1919) et sa fille Victoria qui se suicida en 1945.
3 Jean-Marie Thiébaud, Les règles de la bioéthique risquent-elles d'évoluer avec l'arrivée de technologies permettant d'établir une ascendance biologique éventuellement différente de l'ascendance légale ?, XXIXe Congrès international des sciences généalogiques et héraldiques, Stuttgart, 12-17 septembre 2010. http://www.congress2010.info/
4 Aux USA, les kits ADN sont en vente libre depuis le 26 mars 2008. Aussitôt, le laboratoire Identigene a mis en vente dans 4363 drugstores et pharmacies du pays le Rite-Aid, un test de paternité réalisable avec un peu de salive et pour un coût modique de 30 dollars, l'analyse de l'échantillon (envoyé par la poste) étant ensuite réalisée pour 119 dollars. http://www.dnatesting.com/. Toutefois, les résultats de ces tests ne sont pas recevables par les tribunaux car les possibilités de fraude sont trop évidentes puisque les prélèvements ne sont pas effectués par des professionnels. Un an après leur sortie, ces kits s'étaient déjà vendus à plus de 100 000 exemplaires. Le nombre de points de vente est maintenant supérieur à 15 500. Le nombre annuel de tests de paternité est passé à 250 000.
5 L'identification ADN ne peut être effectuée en France que dans certains cas bien précis, régis par les articles 16-10 à 16-13 du code civil, L 1131-1 à L 1133-10 et R 1131-1 à R 1132-20 du code de la santé publique, 226-25 à 226-30 du code pénal et L 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'utilisation de ces tests est notamment interdite pour établir une filiation génétique dans le cas d'une procréation médicalement assistée avec un tiers donneur. Seul un juge peut ordonner de tels tests lorsqu'il est saisi d'une action relative à la preuve ou à la contestation d'une paternité mais, de toute façon, nécessairement avec le consentement de l'intéressé. Si l'intéressé y consent, le juge nommera un expert pour pratiquer ce test. Le fait, en France, de procéder à une analyse en dehors du cadre judiciaire est un délit puni d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende (article 226-28 du Code pénal).
6 Robert James Fischer dit Bobby Ficher, né à Chicago le 09.03.1943, † Reykjavik (Islande) le 17.01.2008, grand maître à 15 ans, champion du monde d'échecs de 1972 à 1975, mettant fin à 24 ans d'hégémonie soviétique dans cette discipline. Son corps a été exhumé le 05.07.2010 et on a pu prouver qu'il n'était pas le père biologique de Jinky Young, une jeune Philippine née en 2001, contrairement à ce que prétendait sa mère.
7 ADN mitochondrial qui n'est transmis que par les femmes tant à leur descendance féminine que masculine.
8 Bibliographie conseillée : Charlier (Philippe), Médecin des morts : Récits de paléopathologie, préface d'Irène Frain, Paris, Fayard 2006, 390 p. [L'auteur est médecin spécialiste en anatomo-pathologie et en médecine légale, docteur ès-lettres (EPHE, IVe section). Depuis 2002, il est chargé de cours en paléopathologie et histoire de la médecine aux facultés de Lille 2 et Paris 7].
9 Radio Prague http://www.radio.cz/fr/rubrique/histoire/genetique-et-recherche-historique-des-adn-princiers-ii
10 Idem, http://www.radio.cz/fr/rubrique/histoire/genetique-et-recherche-historique-des-adn-princiers-i
11 Skorecki K., Selig S., Blazer S., Bradman R., Bradman N., Waburton PJ, Ismajlowicz M., Hammer MF, 1997, "Y chromosomes of Jewish priests", Nature, vol. 385, p. 32.
12 Un haplogroupe est un grand groupe d'haplotypes (groupes d'allèles de différents gènes situés sur un même chromosome et habituellement transmis ensemble). L'haplogroupe J est un haplogroupe du chromosome Y ; il tire ses origines du Moyen-Orient il y 45.000 ans. En Europe centrale et de l'Est, l'haplogroupe R1A est l'haplogroupe le plus répandu, surtout en Pologne (56%), en Ukraine (50%), Biélorussie (45%), en Russie (40%), en Slovaquie (40%), en Lettonie (40%), en Lituanie (38%), et en République tchèque (34%), ce qui en fait un haplogroupe clairement balto-slave
13 Un cluster est un ensemble de gènes appartenant à la même famille, groupés les uns derrière les autres au niveau d'une même région chromosomique.
14 http://www.amitiejudeonoire.com/articles.php?id=33&rub=4
15 Bryan Sykes, né le 09.09.1947, est professeur de génétique à l'Université d'Oxford et fellow du Wolfson College. Il a aussi conduit des recherches génétiques sur les porteurs du nom Sykes pour découvrir que près de la moitié d'entre eux avaient une origine commune ce qui est susceptible de conforter les associations généalogiques regroupant les porteurs d'un même patronyme, notamment si celui-ci est plutôt rare.
16 Morant (Guillaume de), Retrouver ses ancêtres par l'ADN, éd. Autrement, collection Généalogies, 2009, 80 p.
17 deCODE Genetics (Íslensk erfðagreining en Islandais) NASDAQ : la DCGN est une compagnie biopharmaceutique basée à Reykjavík, Islande. La compagnie applique ses découvertes en génétique à la création de médicaments. Elle a réussi à isoler des gènes responsables de maladies telles que certaines schizophrénies ou cancers. http://www.decode.com/ Les mises à jour des découvertes faites par deCODE Genetics (dont la dernière remonte au 27 octobre 2010) sont consultables sur deux sites Internet : www.nature.com et http://www.decode.com/addendum/
18 Hoffmann-La Roche (F. Hoffmann-La Roche SA) est un groupe pharmaceutique suisse. Son chiffre d'affaires s'élevait à plus de 46 milliards de francs suisses en 2007 et le groupe employait alors 85 000 salariés. Possédant la majorité des actions de Genentech depuis 1990, le groupe Hoffmann-La Roche a achevé, en 2009, l'acquisition de ce laboratoire pour 43 milliards de dollars.
19 Spencer Wells, né à Marietta, Atlanta (Georgia, USA) le 06.04.1969, docteur de l'université d'Harvard en 1994, généticien et anthropologue, auteur de The journey of man: a genetic odyssey, Princeton University Press, 2002, ouvrage digitalisé par Google Books. Voir http://www.documentary-log.com/d61-journey-of-man-a-genetic-odyssey/
20 La répartition géographique pour le Genographic Project en Belgique est la suivante : Anvers: 80, Brabant-Flamand: 56 ; Brabant-Wallon : 20 ; Limbourg: 40 ; Flandre-Est: 44 ; Flandre-Ouest: 48 ; Hainaut: 32 ; Liège: 36 ; Namur: 28 ; Luxembourg belge : 16.
21 http://www.brabant-dna.org/joomla/index.php?option=com_content&view=article&id=5:lintroduction-projet-adn-2009-ancien-duche-du-brabant&catid=13:lexplication-&Itemid=8
22 Иркутский государственный университет.
23 7 Éric Crubézy, professeur d'anthropologie à l'université Paul-Sabatier de Toulouse.
24 Crubézy E., Amory S., Keyser C, Bouakaze C, Bodmer M., Gibert M., Röck A., Parson W., Alexeev A., Ludes B. 2010, Human evolution in Siberia; from frozen bodies to Ancient DNA, BMC evolutionary biology. Cette publication faisait suite à beaucoup d'autres dont Crubézy E. et Alexeev A. (2007) -dir- Chamane, Kyss, jeune fille des glaces, Éditions Errance, Paris. 167 p.

Jean-Marie Thiébaud

COLLOQUE DE GÉNÉALOGIE ET DE GÉNÉTIQUE - MOSCOU (RUSSIE), décembre 2010

Auteur concerné :

Jean-Marie Thiébaud


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