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Articles de presse

De Peseux à Maîche : le docteur Thiébaud explique les noms

On s'est pressé à « Jardins de mémoire » pour suivre la démonstration du docteur Thiébaud. Il apportait une parole qui passionne, car chacun veut connaître l'origine de son nom.
Le propos, très ciblé, concernait justement la genèse des noms du Plateau de Maîche et de la Montagne. Alors, on a savouré, d'autant plus que le docteur a le débit généreux, enthousiaste et le verbe érudit sans jamais être compliqué.
De Monnier pour meunier en passant par tous les corps de métiers : Ménétrier musicien, Toitot couvreur, Bergier, Pourchet, Courvoisier, Crevoisier cordonnier, Pelletier, Tissot, Bouvier ou même Bouhélier pour tripier, car la bouhèle, c'est la tripe.
« Je me suis interrogé », signale le docteur Thiébaud. Cette famille noble qui vient de Cernay-les-Maîche, pratiquait-elle ce métier inattendu ? En réalité, les Bouhélier, hommes de guerre, de l'ordre des templiers, ont participé à la bataille de Pavie (Marignan, ne l'oublions pas, fut une défaite pour les Francs-Comtois !). Or, le capitaine Bouhélier faisait de la bouhèle sur les champs de bataille, c'est-à-dire qu'il étripait. Il fallait les anoblir, des étripeurs. Ils eurent le droit de porter l'oiseau gentil sur le poing (chasse à l'épervier) et de besogner des niquets, c'est-à-dire de battre monnaie.
Très vite, nombre de Bouhélier perdirent leur noblesse, car il leur fallut travailler. Seules les branches suivant des études de droit gardèrent leurs privilèges.
Voilà ce qu'on a appris entre autres merveilles d'une famille vraiment locale.

Un itinéraire transfrontalier

Le nom des lieux n'est pas moins passionnant à suivre que celui des familles. Fin du XVe, on fit venir des Allemands pour repeupler la contrée. Trop compliqués, leur nom fut changé par celui de leur métier. L'exemple le plus inouï est celui de tripier, devenu en allemand Drei Fuss puis Dreyfus au retour. Aux Etats-Unis, ce trois pieds est carrément devenu Three Food (1). A toutes les époques, on a fait venir des Allemands pour « haberger » (L'Abergement Sainte-Marie). Inversement, des Maillot et des Châtelain sont partis en Hongrie. Baverel vient de Bavière. « Mais, précise M. Thiébaud, « de grâce, ne prononcez pas la dernière consonne. On ne dit pas Neze. C'est un mythe que de voir des Espagnols partout.
Le conférencier explique ensuite les noms composés : « Si vous rencontrez un Faivre-Pierret à New York, vous pouvez être sûr qu'il est d'ici. »
On apprend aussi que l'orthographe des noms s'est fixée en 1880 quand furent créés les noms de famille (2). On apprend que les registres furent tenus en français dans notre région, bien avant qu'ils ne le soient en France.
L'édit de Villers-Cotteret date de 1539, et l'on retrouve des registres en 1518 à Cernay. Ceux de Besançon datent de 1530 à 1540.
Dernière curiosité élucidée par le docteur : « Je me suis demandé comment on exprimait « fils de ». C'est simple, avec un diminutif. Magnin, dans un même village, donne un peu plus tard Magnenet, et Monnier Monneret. Cinquante pour cent des noms français se terminent en et (3).
Les Duteil (du tilleul) et Duvernoy (vernes, aulnes) sont sortis essoufflés mais heureux d'une telle démonstration qui ne demande qu'à se poursuivre dans les ouvrages du très érudit docteur Thiébaud.

L'EST RÉPUBLICAIN, juin 1997


(1) Erreur du journaliste : three feet (yard)
(2) Coquille de l’auteur de l’article : les livrets de famille.
(3) Propos mal compris par le journaliste : 50% des noms de métier possèdent un diminutif en –et, -ot, -at.


Auteur concerné :

Jean-Marie Thiébaud


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  dernière mise à jour : 12 décembre 2019 | © Harmattan - 2019 | À propos | Paiement en ligne | conditions générales de vente et mentions légales | frais de port