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Compléments d'ouvrage

Conférence Fête du Livre et des Traditions franc-comtoises au Kursaal de Besançon (Doubs)

Nous sommes le 15 avril 1863 et nous venons de franchir le portail du cimetière parisien de Saint-Ouen dans le département actuel de la Seine-Saint-Denis. Un prêtre ouvre la marche mais le cortège se limite à une ou deux religieuses et à trois ou quatre vieilles dames, compagnes de celle qu'on porte en terre. Au bout de l'allée, des fossoyeurs attendent devant le trou béant. C'est la fosse commune où une grande dame ruinée, à bout de course, va être jetée pour disparaître dans l'anonymat le plus total. Personne ne pourra jamais aller se recueillir sur sa tombe. D'ailleurs, qui songerait à la pleurer ? Sa mère est morte depuis 27 ans, son père depuis 63 ans, son ex-mari depuis 30 ans, dans un petit appartement de la place du Marché à Besançon, elle n'a pas d'enfants et pas davantage de frères ou de sœurs. Il lui restait bien quelques vagues et lointains cousins dans le Haut-Doubs qu'elle avait connus dans son enfance, à la veille de la Révolution mais ceux-ci, depuis des lustres et des lustres, avaient perdu sa trace…, ignorant même peut-être jusqu'à son existence. La défunte n'avait-t-elle pas quitté Besançon et Pontarlier depuis plus de 70 ans ? C'est plus qu'il n'en faut pour disparaître de la mémoire des hommes, en particulier lorsqu'un destin tragique a marqué la majeure partie d'une existence que beaucoup souhaitaient oublier, et surtout au beau milieu du Second Empire (nous verrons plus tard pourquoi) et qui fut pourtant l'une des vies les plus étonnantes aux alentours de l'an 1800.
Pas de croix, pas d'inscription. Celle qui vient de tomber dans la fosse commune, le trou des miséreux et des oubliés, aurait pourtant été baronne d'une terre lointaine en Haute-Saône. Baronne vraiment ? La suite nous prouvera qu'en réalité, elle n'avait porté ce titre qui n'était guère que de courtoisie. Mais alors, qui était donc cette vieille dame décédée dans sa 90e année et qui venait de passer les dernières années de sa vie à l'Asile de la Providence, 77, rue des Martyrs, sur les flancs de la butte Montmartre ? Presque aveugle et paralysée du bras droit (sans doute à la suite d'un accident vasculaire cérébral). Penchons nous sur son acte de décès. Dans la marge, un nom : " Le Michaud d'Arçon, veuve Vaudey ", sans plus de précision… La lecture de l'acte entier nous renseigne heureusement sur ses parents et sur son lieu de naissance, Besançon. Mais dans l'attente de les découvrir, rendons-nous rue des Martyrs. La maison de retraite subsiste et dès qu'on franchit le lourd portail, on découvre un havre de verdure et de massifs floraux, ceinturé de bâtiments luxueux, très luxueux …, équipés, de nos jours, d'ascenseurs volontairement silencieux pour ne point troubler la quiétude de ce lieu de repos. Dans le jardin, des retraités plus ou moins avancés en âge, reposant dans de confortables fauteuils, dorent leurs os rhumatisants au soleil et d'un léger signe de tête vous adressent leurs civilités. La chapelle elle aussi signe l'excellence de la maison avec sa liste de bienfaiteurs et ses vitraux armoriés. Le grand hôtel particulier de la rue des Martyrs est l'une de ces formidables bâtisses parisiennes comme il en existe encore tant, où le temps semble suspendu, où les mutations sociales ne se paieraient pas l'outrecuidance de franchir le seuil et de perturber un ordre immuable. Cette demeure, dressée à gauche de la rue lorsqu'on gravit celle-ci, avait été offerte par un couple d'aristocrates richissimes pour y accueillir, en fin de vie, hommes et femmes de la haute société, contre monnaie sonnante et trébuchante. Comment donc une pauvresse vouée à la fosse commune avait pu y trouver place ? Tout simplement parce que la fondation, pour conserver son aspect charitable, avait prévu quatre places pour accueillir des personnes ruinées mais ayant auparavant appartenu à ce qu'il est convenu d'appeler " la bonne société ". Et Madame Le Michaud d'Arçon, veuve Vaudey, était assurément l'une de celles qu'on pouvait juger dignes de figurer dans cette der

Jean-Marie Thiébaud

JOURNÉES COMTOISES DE LA MÉMOIRE, mars 2007


Conférence Fête du Livre et des Traditions franc-comtoises au Kursaal de Besançon (Doubs), salle Proudhon, le 11 mars 2007.

Auteur concerné :

Jean-Marie Thiébaud


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